Article du journal Suisse "Le matin" en date du 17 février 2010 :
(Vous noterez que c'est bien évidemment la même chose en France et dans les autres pays européens. Il ne s'agit que d'un article parmi tant d'autres sur le sujet, et malheureusement le constat est partout le même... La machine à fabriquer des victimes est en marche...)

 


Sexualité des ados: faut-il s'inquiéter ?

L'âge de la sexualité débridée des jeunes est toujours plus bas. Des centaines de vidéos. Des milliers de photos. Des scènes où le sexe, souvent brutal, toujours glauque, se consomme au hasard des rencontres...

Pénétrations en pleine discothèque, fellations au beau milieu d'une foule, masturbations collectives : Internet regorge de documents qui concernent de très jeunes adultes, parfois même des ados.

Avec l'explosion des médias électroniques, on découvre que ces pratiques sont devenues monnaie courante pour un grand nombre de jeunes. A témoin, l'histoire incroyable que nous relations hier dans nos colonnes, celle de Durex Gold, une organisation italienne qui s'est vu interdire une soirée sur sol tessinois, après que deux fêtes identiques eurent déclenché une vaste polémique.

Les orgies pour ados sont-elles en augmentation ? Impossible de répondre à cette question. Ce qui est certain, toutefois, c'est qu'elles ne sont pas un phénomène marginal. Les titres des médias se font d'ailleurs l'écho régulier de la sexualité débridée de jeunes: «Sexe à plusieurs», «Une soirée mousse qui s'achève en partouze». Des actes inconsidérés qui, malheureusement, se terminent parfois dans la contrainte. On se souvient ainsi des abus sexuels commis sous l'influence de proxénètes en herbe, comme ce fut le cas dans l'affaire de Schmitten (FR).

Faut-il s'alarmer ? Assurément, à entendre Philippe Lavanchy. Certes, le chef du Service de la protection de la jeunesse du canton de Vaud relève que le traitement médiatique de ces faits divers n'est pas forcément un indicateur de leur ampleur. Mais il reconnaît que des mineurs de plus en plus jeunes sont les auteurs d'actes sexuels souvent gravissimes. «Il y a trente ans, jouer au docteur faisait partie du développement normal de la sexualité d'un enfant. Aujourd'hui, nous avons eu le cas réel de garçons de 10 ans qui ont forcé une fille de 9 ans à des fellations.»

«L'âge de la découverte» :
La raison de cette baisse vertigineuse de l'âge du premier pas dans la sexualité est à mettre sur le compte des nouveaux médias comme le Web, selon Philippe Lavanchy: «Il suffit d'introduire un prénom féminin sur Google pour trouver une image pornographique.» Et il est devenu trop facile pour des générations qui ont grandi avec l'informatique d'utiliser l'ordinateur à mauvais escient et de ne découvrir la sexualité que par le biais de la pornographie.

Le téléphone portable, lui aussi, est un vecteur apprécié d'images et de vidéos X. L'affaire des élèves de l'école secondaire de Rüti (ZH) qui avaient filmé des camarades se livrant à des actes sexuels en groupe avait fait grand bruit.

Pourtant, le paradoxe veut qu'un ado qui transgresse les règles obéit tout simplement à une phase de son développement. «C'est l'âge de la découverte, on assiste souvent à l'expérimentation de l'alcool, de la drogue», souligne le sociologue Sandro Cattacin. «Il s'agit de transgresser pour tester son indépendance», poursuit le professeur genevois.

Reste que la difficulté de l'exercice consiste ensuite à gérer cette nouvelle liberté. Le psychanalyste Thémélis Diamantis n'hésite pas à parler d'un véritable «trauma» (lire l'encadré), celui que vivraient les ados qui se livrent à des orgies qu'il compare au comportement de horde que l'on observe généralement dans les guerres. Un engrenage, une spirale qui entraîne tout sur son passage.

Goût du soufre :
Les organisations plus ou moins douteuses comme Durex Gold vont-elles dès lors essaimer ces prochaines années? Philippe Lavanchy n'y croit pas, relevant «qu'une société qui aimerait organiser des parties pour jeunes dans le canton de Vaud, par exemple, doit avoir l'aval de la commune et de la police du commerce. Il est certain que, dans un cas comme celui évoqué, la police du commerce ferait appel au Service de protection de la jeunesse avant de donner son accord.»

Seulement voilà, cette image d'un Etat capable de résister à ce genre de parties relève d'une vision loin de la réalité. Les interdits n'ont-ils pas toujours eu le goût du soufre dont les jeunes raffolent justement dans ces soirées ? Durex Gold l'a bien compris: aux dernières nouvelles, l'organisation italienne n'entendait pas mettre fin à ses activités, comme le rappelait hier soir un reportage du «19:30» de la TSR. Et les jeunes Italiens semblent malheureusement lui donner raison. Chacune de ses soirées fait un carton.


Interview de Thémélis Diamantis, psychanalyste
«Certains vont considérer toute leur vie leur partenaire comme une chose»

Qu'est-ce qui pousse des adolescents très jeunes à participer à des orgies ?
Il y a deux aspects essentiels: le premier est d'ordre biologique, l'autre est psychique. A cet âge, les adolescents ont des besoins qui sont impétueux, ça les travaille. Souvenons-nous de notre propre adolescence. Il y a des choses à découvrir. Mais ceux qui participent à des orgies répondent à un effet de horde. Individuellement, ils ne se comporteraient pas de cette façon. Par contre, l'effet de groupe va permettre un relâchement collectif propice à ce type de comportement.

L'influence d'Internet ou d'autres sources de pornographie joue-t-elle un rôle déterminant dans le comportement actuel des ados ?
Ce n'est pas systématique. Bien avant Internet, dans des circonstances données, l'être humain a prouvé qu'il était capable du pire et cela ne touche pas uniquement les adolescents. Ce phénomène, on l'observe régulièrement pendant les guerres quand l'effet de horde aboutit à des atrocités.

L'influence d'Internet a pourtant souvent été mise en relation avec le comportement d'adolescents.
Il est vrai que l'accès facile à la pornographie met en péril les rapports amoureux. La sexualité n'est alors vécue que pour elle-même. Mais, comme je l'ai déjà dit, ce n'est pas systématique.

Comment un jeune ado qui participe à une orgie va-t-il vivre plus tard sa sexualité ?
Pour certains, il s'agit d'un véritable trauma. Ceux qui sont fort psychiquement vont se rendre compte de l'erreur commise et auront par la suite une vie sexuelle normale. D'autres, par contre, plus faibles, vont considérer toute leur vie leur partenaire comme une chose.



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